Juliette Reydellet

 

 

 

 

Depuis 25 ans, j'éprouve une liberté sans limite lorsque je m'adresse à un public.

 

J'ai passé plusieurs années à me laisser submerger par mes émotions pour tout donner sur un plateau.

Il s'agissait d'y croire.

La fragilité me semblait donc essentielle pour vivre l'histoire qui se jouait.

Ce bon vieux Stanislavski disait :"L'acteur, comme l'orateur, cherche à convaincre"

Pendant longtemps j'ai pensé que ce concept était le plus juste pour proposer une vérité.

 

Mais petit à petit, lorsque je suis arrivée à Lyon il y a preque 15 ans , cette notion est devenue insuffisante.

A l'école, j'ai adoré sangloter sur scène, hurler et devenir folle.

Mais petit à petit, ce trip égocentrique n'avait plus de sens.

 

C'était l'époque où il était plaisant de tout remettre en question et d'imaginer des petites révolutions.

J'aimais ce sentiment d'engagement.

Et comme Victor Hugo le disait si bien: "le théâtre est une tribune"

 

Je découvrais aussi Brecht et des nouvelles directions.

A ce moment là il y avait le théâtre, les garcons et les manifestations!

L'heure de la provocation avait sonné.

 

Puis j'ai rencontré Bob Villette qui m'a fait découvrir "Chemins d'acteur".

Depuis, la scène n'est plus ce lieu invraissemblable ou l'on cherche à défendre et à convaincre mais plutôt une sorte de terrain d'échange avec le public.

L'acteur n'est plus un orateur. Au contraire, il devient le porte parole de TOUS . Il n'y a plus UNE vérité. Tout est là pour être remis en question afin que tous les mots deviennent source de discussions.

Le public retrouve donc sa liberté de penser et n'est plus obligé d'adhérer. Il va simplement se questionner.

Le propos devient le point central de la création...

 

(Très cher BoB),

je pense souvent à vous. Sachez que je vais tout faire pour écouter les radiateurs et ne pas oublier le mur du fond;)

 

 

 

ET COMME L'ESPOIR FAIT VIVRE,

si vous tombez sur ce site de manière improbable Monsieur Tesson, je voulais vous dire que votre livre "Un été avec Homère" avait sauvé mes dernières vacances.

J'ai corné un nombre incalculable de pages et j'aimerais pouvoir lire celle ci au monde entier:

 

"Nous menons une guerre de Troie contre la nature. Nous avons soumis la terre à notre bon vouloir. Nous l'avons plié à notre seul désir, nous avons trafiqué l'atome, la molécule, la cellule et le gène. Bientôt, nous augmenterons l'homme, prédisent les laborantins de la technoscience. Nous avons accompli notre expansion totale et sommes huit milliards à attendre de la terre qu'elle nous sustente. Nous avons éteint des espèces et cimenté des sols. Notre technique nous a permis de faire main basse sur les trésors souterrains, de libérer des hydrocarbures organiques pour les propulser dans l'atmosphère, de redessiner les territoires et, selon ce vers abject d'Emile Verhaeren, de "recréer des monts et des mers et les plaines d'après une autre volonté." A présent, nous louchons vers les satelites de la planète, La Lune, Mars. Qui se souvient de Laika? Le premier être vivant envoyé dans l'espace a flotté dans le vide sidéral. C'était une chienne soviétique dont les cosmonotes savaient qu'elles ne reviendrait pas. Voilà l'homme: Son premier salut est un chien crevé. Il ne faut pas être écologiste militant pour s'apercevoir que l'humanité est sortie de son axe. Que les forces se déchainent. Celles des hommes dressés les uns contre les autres.Celles des hommes tous unis pour partager leur biotope. Les hommes sont devenus Achille. Le scamandre a déjà débordé."

SYLVAIN TESSON

bande demo

Dimanche 16 Septembre 2018